Les Trains de Nuit : Pourquoi la Suisse Romande Est la Grande Oubliée des Liaisons Nocturnes

Une subvention de 47 millions pour une liaison Bâle-Malmö qui fait débat

Alors que la Suisse voit un développement de son offre en trains de nuit, un déséquilibre géographique important suscite la controverse. La récente annonce d’une ligne subventionnée entre Bâle et Malmö, avec un soutien fédéral de 47 millions de francs jusqu’en 2030, a mis en lumière l’absence totale de trains de nuit desservant la Suisse romande et le sud de l’Europe. Actuellement, tous les trains nocturnes partent de Bâle ou de Zurich, et sont dirigés vers le nord ou l’est du continent.

Les élus romands dénoncent une injustice territoriale

Cette situation agace fortement les élus romands, comme la conseillère nationale verte Delphine Klopfenstein Broggini, qui déplore que la Suisse romande soit le « parent pauvre » des liaisons internationales en train de nuit. Marie-France Roth Pasquier, membre centriste de la Commission des transports, s’étonne du choix fait par la confédération, notant que cette liaison vers le nord n’a jamais été discutée lors des travaux de commission. Elle souligne surtout le problème majeur de l’absence totale de trains de nuit vers le sud, alors que de nombreux Romands réclament des liaisons nocturnes vers des villes comme Rome ou Barcelone.

Les choix des CFF : Miser sur la grande vitesse diurne

Du côté des CFF, la stratégie privilégie les trains à grande vitesse en journée pour desservir les destinations méridionales. Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF, explique que les destinations bien desservies par la grande vitesse, notamment l’Italie, l’Espagne ou la France, sont plutôt ciblées par des trains de jour qui permettent de réduire significativement les temps de trajet, avec un parcours d’environ une grande demi-journée.

Les défis économiques des trains de nuit

Les trains de nuit restent un défi économique majeur. La ligne Bâle-Malmö en est un exemple emblématique, avec des coûts d’exploitation par trajet élevés, compris entre 40’000 et 60’000 francs, tandis que les recettes plafonnent autour de 25’000 francs. Malgré une subvention fédérale de 30’000 francs par voyage, l’équilibre financier demeure fragile. Les CFF soulignent que les trains de nuit ne seront pas rentables même après 2030, notamment en raison d’une fréquentation plus faible par rapport aux trains standards et de contraintes liées à la gestion des couchettes.

Un sentiment de frustration persistant en Suisse romande

Cette situation laisse un goût amer dans la population romande, qui se sent délaissée dans un contexte où les liaisons internationales nocturnes sont un vecteur important de mobilité douce et touristique. Le choix des autorités et des CFF soulève ainsi une réflexion sur l’aménagement équilibré du territoire et des services publics. Les discussions autour de l’expansion future du réseau de trains de nuit devront sans doute prendre en compte ces revendications pour mieux satisfaire les besoins des voyageurs romands.

Source : 24 heures, RTS

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