Trois ans après le vote sur la Lex Netflix, la mesure commence à produire ses effets sur le cinéma helvétique, avec un accent particulier sur la Romandie. La nouvelle loi sur le cinéma, entrée en vigueur le 1er janvier 2024, impose aux plateformes de streaming (Netflix, Amazon) et aux grandes chaînes étrangères (TF1, M6) d’investir dans la création cinématographique suisse. Elles doivent verser au moins 4% de leurs recettes brutes réalisées en Suisse.
Cadre légal et premiers résultats
Selon l’Office fédéral de la culture (OFC), plus de 70 sociétés se sont enregistrées fin mars 2024, dont 21 relèvent de l’obligation de financement. Le chiffre d’affaires déterminant déclaré pour 2024 s’établit à 752 millions de francs, aligné sur les prévisions des débats parlementaires il y a quatre ans.
Les 21 entreprises concernées devront investir 30,1 millions de francs. À ce jour, 15,9 millions ont été versés; les 14,2 millions restants devront l’être d’ici 2027. En cas de non-paiement, une taxe de remplacement est prévue après une période de quatre ans. Carine Bachmann, directrice de l’OFC, se montre satisfaite: « La mesure est acceptée, son introduction n’a posé aucune difficulté majeure et les effets sont déjà visibles. » Elle précise qu’il est encore trop tôt pour dresser un bilan sur les formats et les bénéficiaires les plus avantagés.
Investissements et répartition des fonds
Parmi les montants versés, 9,3 millions de francs ont été alloués à l’acquisition et à la production de films: 5,9 millions pour l’acquisition de projets, 2 millions pour des coproductions et 1,4 million pour des licences de films existants. Aucun investissement n’a encore été réalisé dans des productions de commande.
Sur les longs métrages et les séries, 5 millions et 4,2 millions ont été consacrés respectivement, avec un total de 8 millions alloués à la fiction télévisée, essentiellement des séries. La répartition géographique indique que 6,1 millions de francs ont été investis en Suisse alémanique et 3,1 millions en Suisse romande.
Les chaînes de télévision ont également investi 4,9 millions d’une manière en nature — principalement dans la promotion de films — et 1,3 million dans des festivals. Enfin, 400 000 francs ont été versés aux sociétés de gestion collective pour les droits d’auteur.
Impact en Romandie et projets soutenus
Trois millions de francs ont été appliqués au cinéma romand, témoignant d’un financement spécifique pour la région. À ce stade, neuf projets ont bénéficié des financements. Parmi eux figurent les titres suivants: Alpha, EarlyBirds, Landesverräter, Logout, Mutterglück, Tschugger saisons 3+4, Winter Palace, Yopougon et Game Over – Crédit Suisse. Pour l’une des productions, le nom de l’entreprise investissant ne peut pas encore être divulgué.
Selon l’OFC, ces soutiens visent à dynamiser la production suisse, tout en confirmant l’importance croissante des partenariats entre plateformes internationales et créateurs locaux.
Perspectives
Alors que le montant total de 30,1 millions de francs à investir demeure à compléter d’ici 2027, les observateurs notent que le secteur du streaming continue de croître, mais à un rythme peut-être moins soutenu et que les fenêtres publicitaires montrent un léger recul. Carine Bachmann rappelle que les premiers effets sont visibles, mais que le bilan complet restera à établir à moyen terme.
