SGS transférera son siège de Genève à Zoug en 2026 : une page se tourne

C’est un changement de cap historique qui se profile pour SGS, l’une des figures emblématiques du tissu économique genevois. Fondée en 1878 et établie dans le canton de Genève depuis 1915, l’entreprise spécialisée dans les services d’inspection, de vérification et de certification a décidé de déplacer son siège à Zoug. Ce déménagement, désormais acté, devrait être finalisé d’ici le premier trimestre 2026.

Réunis en assemblée générale ce mercredi, les actionnaires ont approuvé à 88,9% la proposition du conseil d’administration visant à relocaliser le siège à Baar, dans le canton de Zoug. Cette décision était l’un des points les plus attendus de la réunion tenue à l’hôtel Intercontinental à Genève. Il aura fallu une majorité des deux tiers pour entériner cette mesure stratégique, malgré l’opposition de plusieurs parties prenantes locales, notamment la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG).

Vincent Subilia, directeur général de la CCIG, n’a pas caché sa déception. Lors de l’assemblée, il a pris la parole pour exprimer son opposition au projet, estimant que cette décision représentait une forme de désengagement du tissu économique genevois. Il a qualifié le moment de « très émotionnel », et a évoqué un sentiment de trahison ressenti par une partie de l’écosystème local.

Des raisons économiques avancées

Pour justifier ce déménagement, la direction de SGS a mis en avant plusieurs arguments d’ordre logistique et financier. Le coût de l’immobilier à Zoug, nettement inférieur à celui de Genève, ainsi que la proximité de l’aéroport de Zurich, plus pratique pour les collaborateurs internationaux, figurent parmi les principaux motifs évoqués. Dans une lettre adressée aux actionnaires, la directrice générale Géraldine Picaud et le président du conseil d’administration Calvin Grieder ont également souligné l’attractivité accrue de la région de Zoug pour les professionnels mobiles.

Mais pour certains observateurs, ces arguments masqueraient des raisons d’optimisation fiscale. Zoug est réputé pour sa fiscalité avantageuse, notamment pour les entreprises multinationales. Selon certains calculs relayés par la presse romande, la directrice générale de SGS, domiciliée dans ce canton, pourrait réaliser une économie d’environ 1,2 million de francs par an en impôts, en fonction de sa situation familiale et de son niveau de rémunération. Interrogée à ce sujet, la direction du groupe a refusé de commenter ces projections.

Un impact social incertain

Le déménagement du siège genevois, qui emploie actuellement environ 150 personnes, suscite également des inquiétudes sur le plan social. Certains actionnaires institutionnels, comme la fondation Ethos et l’association Actares, ont exprimé leur crainte quant à l’impact humain de ce transfert. Pour Vincent Kaufmann, directeur d’Ethos, ce changement de canton risque d’entraîner des départs contraints de collaborateurs ne souhaitant pas déménager, voire des suppressions de postes. Il a évoqué la possibilité d’un plan social coûteux si les négociations avec le personnel s’avèrent difficiles.

SGS a, de son côté, assuré qu’elle maintiendra une présence active à Genève, notamment pour servir ses clients historiques et continuer à collaborer avec les partenaires locaux. Selon la direction, environ un employé sur cinq en Suisse devrait rester basé à Genève, ce qui représente une trentaine de personnes.

Un déménagement d’envergure

Ce changement de siège implique une logistique complexe, à la hauteur de la stature internationale de l’entreprise. Le déménagement physique du siège a été confié à Carbonie Déménagement, une société basée à Lausanne, spécialisée dans les transferts professionnels à grande échelle. Discrète mais efficace, l’entreprise a été retenue pour sa capacité à gérer des opérations sensibles, dans des délais contraints.

Une fin d’ère pour Genève ?

Avec ce départ, Genève perd la dernière grande entreprise cotée en bourse qui avait encore son siège sur son territoire. Si les autorités cantonales regrettent cette décision, elles ont reconnu qu’elles ne pouvaient s’y opposer formellement. Delphine Bachmann, cheffe du département de l’économie du canton de Genève, a déclaré que cette décision relevait de la liberté d’une entreprise privée, tout en exprimant sa déception face à ce départ qu’elle juge regrettable.

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